Discours de Martine Aubry lors du rassemblement des secrétaires de Section 2010
Martine Aubry
Merci, chers camarades.
Mes chers amis, mes chers camarades, c’est vraiment une belle et grande joie pour nous de lancer nos élections régionales, de réunir nos secrétaires de sections dans une telle ambiance. Je préfère être premier secrétaire du Parti socialiste que dirigeant de l’UMP, quand je vois ce qui s’est passé hier.
Nous sommes ici conviviaux, et surtout, je crois, très engagés. Il fallait être là ce matin pour entendre Jean-Paul Huchon imiter Valérie Pécresse en Alice au pays des merveilles. Nous lui connaissions tant de talents, mais pas celui-là. Nous l’avons vu.
Il fallait aussi être là pour entendre François Bonneau, après Lauriane, nous parler, dans le fond, de l’essentiel : les jeunes. Une société qui ne fait pas sa place aux jeunes n’a pas d’avenir, nous le savons. Et ils l’ont fait l’un et l’autre avec force, avec celle de leur engagement.
Il fallait, je pense, être là aussi pour entendre les camarades engagés, secrétaires de sections, souvent aussi syndicalistes, engagés dans les associations, entendre le représentant de Molex que nous avons le bonheur d’avoir avec nous pour combattre pour une autre société.
J’ai été heureuse d’écouter Didier Bezace, qui nous a dit qu’il ne fallait jamais oublier, quand on est de gauche, que la culture, ce n’est pas du superflu, c’est l’essentiel. Je cite toujours cette phrase de Tadeusz Kantor, ce grand metteur en scène tchèque, à qui on disait : la culture, c’est un peu la cerise sur le gâteau, ça ne sert à rien ; et il répondait : non, ça ne sert à rien, c’est comme l’amour. Je crois qu’il avait tout compris. C’est vrai que c’est beau.
L’amour, nous, on y tient, à titre personnel, et peut-être aussi parce qu’on aime aussi retrouver entre nous, je ne dirais pas de l’amour, mais cette convivialité, cette fraternité qui nous est naturelle dès lors qu’on pense non pas chacun à soi, mais à ce qui nous réunit, aux valeurs que l’on défend, au fait qu’on ne prend jamais de risques pour ne pas perdre son âme, pour défendre ce à quoi on croit, pour défendre nos valeurs. Et cela, le Parti socialiste le sait, le vit chaque jour, grâce à vous, grâce à vous les secrétaires de sections, grâce à vous les militants, qui n’oubliez jamais ce pour quoi nous sommes là, parce que tous les jours, vous êtes en lien avec ceux qui, parfois, ne nous regardaient plus parce qu’ils pensaient que personne ne pouvait plus rien faire pour eux, et qui, aujourd’hui, relèvent la tête, nous jettent un coup d’œil, nous retendent la main. C’est pour eux aussi que nous nous battons, pour ces élections régionales. C’est d’abord pour eux que nous nous battons.
Alors ça va arriver vite : dans près de 40 jours, les Français vont aller aux urnes, et ils vont devoir choisir des équipes, des présidents de Région, mais aussi des propositions, des propositions pour vivre mieux, protégeant contre la crise, contre les reculs sociaux qui nous sont aujourd’hui imposés, mais aussi améliorant leurs conditions de vie et préparant l’avenir.
J’espère, pour cette période qui s’ouvre, et notamment pour ce premier tour du 14 mars, j’espère et je crois que les Français feront le choix des listes socialistes, parce que le bulletin socialiste, c’est celui de la vision de la proximité et de la solidarité, et le bulletin socialiste, c’est aussi, et c’est important quand il faut lutter contre l’Etat, le bulletin de la crédibilité, crédibilité de notre bilan, crédibilité des équipes autour de nos candidats.
Une semaine plus tard, le 21 mars au soir, j’espère que la carte des régions, vous savez, comme on la voit à la télévision, on est tous devant de notre poste de télévision, sera toute rose, dans une crise bien noire. Voilà ce que nous devons nous souhaiter pour le 21 mars. Je crois que c’est essentiel.
Pourquoi est-ce essentiel ? Nous n’avons pas l’âme collectionneuse, nous ne considérons pas que gagner des régions, ce sont des trophées. Nous pensons simplement que les Français ont besoin d’avoir des régions de gauche, avec à leur tête un président socialiste. Nous pensons vraiment que les Français ont besoin de nous, c’est pourquoi nous nous battons partout pour effectivement gagner toutes ces régions pour la France et pour les Français.
Face à l’inefficacité, à l’imprévoyance et à l’injustice portée par Nicolas Sarkozy, la France a besoin de régions de gauche qui préparent l’avenir, qui protègent, je l’ai dit, mais qui soient là quotidiennement pour se battre aux côtés des Français.
Nos régions, vous l’avez dit, et beaucoup de secrétaires de sections l’ont dit, sont à la fois des remparts et à la fois des avant-gardes. Des remparts contre l’injustice sociale, contre les inégalités, mais aussi une avant-garde d’une autre société que nous voulons mettre en place, d’une autre société, d’une autre alternance que nous mettrons en place en 2012, mais que déjà, aujourd’hui et depuis plusieurs années, nos présidents de régions et leurs équipes mettent en place, innovant sur le plan de l’économie, sur le plan de l’emploi, innovant sur la préparation de nos jeunes à l’éducation, sur l’aide à la recherche, innovant dans l’accompagnement aux PME mais aussi dans le développement durable. Voilà ce pour quoi, effectivement, nous nous battons.
J’ai dit que l’année 2010 serait l’an 1 de la reconquête pour les socialistes, et c’est vrai que cela commence en effet par ces régionales. Je suis heureuse, vraiment, comme, je crois, tous ceux qui se sont exprimés ce matin, et je les salue, que nous commencions cette année et cette grande campagne régionale par une réunion des secrétaires de sections.
Les secrétaires de sections, ce sont les colonnes vertébrales de notre parti. Je le sais, c’est difficile. C’est difficile de diriger un parti démocratique, mais quel bonheur quand même d’être dans un parti démocratique ! C’est difficile d’avoir en même temps une vie de famille et les autres engagements que beaucoup d’entre vous ont dans la société et de pouvoir mener une section, avec ses tâches techniques, la Coopol est là maintenant pour vous aider, mais avec surtout cette force de conviction, d’engagement, en allant au contact avec les Français.
Vous savez, la politique, ce sont quoi ? Ce sont des pensées et des sentiments qui sont traduits en des mots. Il y a un mot qu’on ne dit pas souvent en politique, ce mot, c’est : merci. Moi, je veux vous dire merci. Merci pour votre engagement, merci, au nom de toute la direction du Parti socialiste, pour ce que vous faites, pour l’espoir que vous redonnez aujourd’hui aux Français.
Il n’y avait pas de meilleur lancement pour nos régionales que de nous retrouver avec vous et avec ce que vous nous avez dit depuis ce matin.
Je voudrais aussi remercier tous ceux qui ont préparé cette journée : François Lamy, qui n’est pas avec nous, qui est en train d’essayer de faire en sorte qu’une région qui pose encore des difficultés aujourd’hui réunisse l’ensemble des hommes et des femmes de gauche, l’ensemble des socialistes, pour qu’on garde le cap et l’âme qui est la nôtre. Je veux le remercier, puisqu’il coordonne l’ensemble des équipes pour les régionales.
Je voudrais remercier Harlem, qui, en tant que numéro deux du parti, porte aujourd’hui cette force que nous voulons avoir de propositions. Les Français attendent de nous d’abord que nous soyons là pour leur dire ce que nous proposons. Oui, ils le savent, la crise est dure, Sarkozy est en échec, mais ils veulent surtout que nous leur disions ce que nous proposons. Harlem dirige cette équipe des secrétaires nationaux et de vous-mêmes, attend, et nous allons en parler en parlant du projet, ce qui va remonter des sections, des fédérations, pour pouvoir effectivement porter le projet qu’attendent les Français. Vous pouvez l’applaudir.
Je voudrais remercier tous ceux qui ont travaillé. Vous avez vu, quand même, c’est pas mal ce travail, ce ne sont pas seulement des images, de belles couleurs, ce sont des hommes et des femmes, des sympathisants, des militants qui interviennent en permanence, qui nous apportent leurs réactions et qui vont nous permettre de mieux travailler ensemble.
Merci aussi à Christophe Borgel, merci à tous les permanents de Solférino, à Laurence, à Marie-Emmanuelle, à toutes leurs équipes, merci à David qui porte la communication, à Benoît, qui porte notre parole à l’extérieur. Merci évidemment à tous ceux qui ont travaillé, sans oublier le SO pour aujourd’hui.
Nous sommes réunis dans un drôle de contexte, cela a été dit ce matin par Harlem. Hier, il devait y avoir un grand meeting de lancement des régionales, annoncé par Nicolas Sarkozy. Ce devait être d’ailleurs un sosie, à moins que ce ne soit un homonyme, qui, à Aubervilliers, un samedi de novembre, avait dit : les amis, il faut y aller, la rupture dans les régions, je la porterai avec vous. Il leur disait, dans le fond : tous avec moi !
Nous, on a eu l’impression, ces derniers jours, sur le terrain, et même hier, que c’était plutôt : tous aux abris ! Comme s’ils avaient peur, finalement. Peur de quoi ? Peur de nous parler de leurs alliances avec de Villiers ? Peur de nous présenter leurs candidats qui ont été sifflés par la moitié de la convention, hier, qui avait remplacé le meeting ? Ou peur tout simplement d’aller devant les Français pour dire : oui, nous devons défendre un bilan qui est celui de l’homme et de la majorité que nous défendons !
Je crois que c’est là, le sujet. Il faudra les ramener à leurs responsabilités tous les jours : aux écoles qui ferment, aux hôpitaux sans moyens, à la Poste qui ferme, aux inégalités, à l’augmentation du chômage, de l’exclusion, aux retraités qui souffrent et à l’absence de préparation de l’avenir. Il faudra leur dire cela, il faudra qu’ils aient le courage, car la politique, c’est cela, dans le fond.
Nous, mes camarades, notre force, c’est que nous n’y allons pas en tournant le dos à nos valeurs, nous y allons tous ensemble avec la force de ces valeurs et de nos propositions. Nous, nous sommes fiers d’être ce que nous sommes. Nous sommes une gauche décomplexée, il faudrait que la droite le redevienne.
Au-delà de nos valeurs, qui sont l’essentiel, qui sont notre ciment, nous avons quand même de belles équipes, des équipes, nous l’avions dit, nous l’avions attendu, mais c’est aujourd’hui la réalité, des équipes qui sont aux couleurs de la France. C’est quoi aux couleurs ? Tous les âges, des expériences multiples, toutes les cultures, des hommes et des femmes qui représentent tous les territoires, et bien sûr la parité, c’est une obligation, et heureusement, depuis que Lionel Jospin l’a mise en place.
Il y a, dans nos équipes socialistes, avec nos camarades radicaux et citoyens que je salue et qui nous ont rejoints, à la fois un fort renouvellement, il faut le dire, et il y a un premier rassemblement de la gauche, ce rassemblement que nous devons continuer à poursuivre jusqu’au premier tour et même pendant la campagne, car nous sommes, nous, le premier parti de la gauche, responsables de cette dynamique qui doit avoir lieu ensuite pour le second tour et qui doit rassembler la gauche tout entière.
C’est notre responsabilité, et je vous demande d’être très attentifs au fait que nous n’avons pas, à gauche, des concurrents. Nous avons des hommes et des femmes qui se battent à côté de nous, même si nous souhaitons que le Parti socialiste arrive haut au premier tour, car un parti qui peut amener un rassemblement et une dynamique pour le second doit être fort et doit être digne de cela. C’est ce que je nous souhaite pour ce premier tour des élections.
Et puis, au-delà de nos candidats, mes chers camarades, il y a nos propositions. Et vous avez vu Jean-Louis Bianco et ceux qui sont intervenus ce matin l’ont dit : nous avions décidé de préparer nos propositions avec nos présidents de régions et leurs équipes avant même d’avoir présenté nos listes. A Tours, nous avons pu proposer en même temps ce programme national, qui est complété depuis par chacune des régions, qui est amélioré, aménagé, en fonction des priorités propres. Nous avons pu faire des propositions à la fois crédibles et solides, volontaires et solidaires, comme nous le revoyons depuis ce matin.
Nous sommes convaincus que c’est la force de ces propositions qui correspond à ce qu’attendent aujourd’hui les Français, qui est notre principal atout pour gagner effectivement ces élections.
En effet, il faut se replacer dans le contexte dans lequel nous sommes et voir cette France inquiète, parfois en colère, inquiète parce que, finalement, rien ne va bien, malgré les discours optimistes du président de la République et de ses ministres. Les Français, eux, savent que la crise est encore là. Elle dure et elle est dure, notamment pour les plus fragiles et pour les plus modestes.
Seul Nicolas Sarkozy pense que la France s’en sort, que la croissance arrive, que le chômage va baisser. C’est extrêmement étonnant, car nous le savons tous, ce petit soubresaut de la croissance de ces quelques dernières semaines est essentiellement dû à la reprise des exportations, c’est-à-dire à la croissance qui vient des autres pays et à la vente d’automobiles avant la suppression de la prime à la casse.
Je serai la première à dire : tant mieux, tant mieux si notre pays allait mieux, tant nous rencontrons tous les tours des salariés inquiets, des PME qui ont utilisé toute leur trésorerie et qui disent maintenant : on n’en peut plus, on va être obligé d’arrêter ou de licencier. Malheureusement, nous le savons, ce n’est pas le cas. Et ce n’est pas le cas pourquoi ?
Tous les experts le disent, M. Sarkozy ne veut pas l’entendre, parce que le risque qui est devant nous dans les mois qui viennent, ce risque, c’est le risque d’une rechute, parce que la consommation va diminuer parce que le gouvernement n’a pas voulu accroître le pouvoir d’achat, accompagner les Français, qui ont pourtant d’immenses besoins et qui voudraient pouvoir les satisfaire en relançant d’ailleurs la croissance et l’emploi.
Nous le savons, pendant la crise, la consommation s’est à peu près tenue, comme il nous l’a dit, parce que l’inflation était à zéro, parce que nous avions un modèle social, celui qu’il veut casser, qui verse des indemnités chômage, qui verse le RMI, qui verse des allocations maladie ou accident du travail, celles qu’on veut aujourd’hui fiscaliser. Heureusement qu’il y a eu ces revenus de remplacement pour garder une certaine consommation et une moins mauvaise qualité de vie pour nos concitoyens.
Mais maintenant, en ce début d’année, il y a à la fois la conjonction de l’inflation qui revient, des taxes qui augmentent, le gaz, après l’électricité l’année dernière, les mutuelles, la redevance audiovisuelle, le forfait hospitalier, et j’en passe, d’autres que nous apprendrons après les élections, parce que ce n’est pas maintenant qu’on va nous le dire, et nous savons bien que ce risque est que les Français souffrent encore plus de cette absence de pouvoir d’achat, et qu’effectivement, la croissance ne soit pas là.
Là aussi, le président de la République, habitué à dire des mots qui n’ont plus de sens, et qui surtout ne sont pas la vérité, a expliqué lundi soir que la France s’en sortait mieux en matière de chômage. Nous sommes passés, pendant cette crise, de 7 à 10 % de chômeurs, l’Allemagne est restée quasiment aux 7,4 % qu’elle avait avant la crise.
Mais surtout, contrairement à ce qu’il a dit, beaucoup de pays européens, quasiment tous les pays européens, ont fait mieux que nous : le Royaume-Uni, qui pourtant a une crise financière, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie. Non, cette politique menée pendant la crise, cette absence de plan de relance suffisant, mais aussi la politique menée antérieurement à la crise, qui a amené à servir les plus favorisés au détriment des autres, est la cause d’un taux de croissance faible et d’un chômage qui a explosé dans notre pays, et qui, puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets, risque de nous replonger dans les difficultés, avec, nous disent les experts, quelques 300 000 chômeurs en plus dans les mois qui viennent. Voilà ce qui nous attend si le président de la République n’accepte pas enfin de réagir.
Le bouclier fiscal et les baisses d’impôts ont été une erreur. Le plan de relance a été insuffisant et déséquilibré.
Et puis cette règle inepte, ce n’est pas moi qui le dis, c’était Philippe Seguin, de supprimer partout de manière arbitraire un emploi sur deux pour ceux qui partent en retraite, a été la cause d’une réduction dans l’Éducation nationale, dans la justice, dans la police. Il ne faut pas se plaindre aujourd’hui si l’insécurité augmente, si l’échec scolaire augmente. Il ne faut pas verser des larmes de crocodile, comme le fait le Président lorsqu’il accueille les préfets de police, il faut tout simplement lui dire : c’est votre politique qui amène à cette situation, et je crois d’ailleurs qu’il le sait bien.
Cette politique s’est en plus accompagnée d’un déficit abyssal, d’une dette qui augmente, qui est vertigineuse. Quand j’entends M. Copé oser dire hier que les régions prennent trop d’impôts des Français et dépensent mal, quel culot ! Quand un gouvernement a réussi à augmenter la dette de chaque Français en une année, cette année, de 2 500 € par Français, alors même que nos régions n’ont pas le droit d’être en déficit et qu’elles ne le sont pas, qu’elles réalisent une grande majorité des investissements des collectivités locales alors qu’elles ne perçoivent que 2 % des impôts, quel culot ! Quelle contre-vérité ! Mais les Français ne se laisseront pas faire.
Mes camarades, je voudrais vous dire aussi un mot, au-delà de cet échec économique, social, sécuritaire, d’un domaine dont on ne parle pas souvent mais dont pourtant les représentants syndicaux nous ont parlé ce matin, c’est la politique industrielle.
Pourquoi dire un mot sur la politique industrielle ? Parce que, au-delà de la politique à très court terme, de cette absence de plan de relance, de cette absence de relance du pouvoir d’achat qui nous a amené où nous sommes, il n’y a pas de vision, il n’y a pas de courage pour préparer l’avenir.
La politique industrielle, c’est cela. Nous avions dans notre pays, et les Français en étaient fiers et voudraient redevenir fiers de cela, des grandes industries compétitives qu’on nous enviait partout dans le monde. Je pense évidemment à l’automobile, à l’aéronautique, à l’énergie, au ferroviaire. Mois après mois, nous perdons des parts de marché, nous perdons des contrats. Ce sont aussi des emplois que nous perdons.
Quelques exemples : le TGV allemand, qui a été préféré au TGV d’Alstom en Chine, le nucléaire coréen qui a été préféré à l’EPR français à Abou Dhabi, le Rafale qui perd actuellement un certain nombre de contrats, sans parler des délocalisations, celle de Renault qui n’est toujours pas réglée, contrairement à ce qu’on nous dit, de la Clio en Turquie, celle dont on nous parle, de Thales à Singapour.
Voilà là réalité aujourd’hui d’une absence de volonté, celle que porte nos présidents de régions lorsqu’ils préparent l’avenir avec leurs pôles d’excellence, lorsqu’ils se battent pour la recherche, lorsqu’ils sont aux côtés des salariés en difficulté.
Figurez-vous quand même qu’on nous avait dit qu’on supprimait la taxe professionnelle justement pour empêcher les délocalisations. Il faut croire que les chefs d’entreprise n’ont là aussi rien compris.
Alors, la question qui se pose aujourd’hui ici, et si je dis cela, c’est parce que c’est cela que nous disent les Français tous les jours : qui va payer l’addition de ces échecs économiques, sociaux, dans les mois qui viennent, et qui sont déjà si difficiles ? Les Français les paient déjà par le chômage, par la perte du pouvoir d’achat. Je voudrais le dire aussi : ils le paient par des conditions de travail de plus en plus précaires, de plus en plus difficiles. Je le dis avec beaucoup de calme, contrairement à eux quand ils parlent d’un sujet qu’ils connaissent mal : la droite a dévalorisé le travail. Quand on ne peut plus vivre de son travail, lorsqu’on est précarisé, on dévalorise le travail. Quand on traite les salariés comme on les traite aujourd’hui dans les entreprises, comme des pions qu’il faut presser, comme le disent les salariés de France Télécom, comme une orange stressée qu’il faut presser, quand on n’utilise plus les compétences, l’imagination des salariés, alors oui, on dévalorise le travail. On porte atteinte non seulement à la santé physique, mais aussi à la santé mentale, à la dignité de chacun. Ce sont ces salariés humiliés qui veulent, et qui nous attendent pour revaloriser le travail, et nous serons là pour faire des propositions.
Vous savez, dévaloriser le travail, c’est aussi, pour les salariés des grands groupes français… à quoi ça sert de donner toute cette énergie, toutes ces compétences pour simplement se battre, pour augmenter les revenus de nos actionnaires ? Et puis pour l’ensemble de ces agents des services publics, à quoi ça sert de travailler autant alors que l’intérêt général n’est plus dans l’objectif de ce que nous poursuivons ? Voilà aussi la dévalorisation du travail quand elle ne permet pas aux hommes et aux femmes d’être utiles socialement et d’être valorisés par le travail qu’ils portent. Là aussi, nous serons là pour le revaloriser.
Nous le disons très clairement à Nicolas Sarkozy : revaloriser le travail, ce n’est pas la promesse du travailler plus pour gagner plus, elle a fait long feu, ce n’est pas défiscaliser les heures supplémentaires, alors qu’aujourd’hui, les heures supplémentaires coûtent moins que les embauches. Pour revaloriser le travail, il faut des propositions, nous les ferons, mais je voudrais ce matin faire celles qui sont urgentes, celles qui touchent au pouvoir d’achat, parce que c’est maintenant qu’il faut les faire pour que notre pays redémarre.
Nous avions demandé une augmentation du SMIC, et vous savez que le gouvernement n’a pas voulu faire de coup de pouce. Nous avions demandé que chaque Français et les 16 millions de ménages des catégories populaires et moyennes reçoivent un remboursement de 200 € de TVA pour mieux vivre et pour relancer la croissance.
Nous demandons encore que l’on prolonge les allocations familiales quand on ne laisse plus sa place aux jeunes et qu’à 18, 19 ou 20 ans, brutalement, elles sont supprimées.
Je le redis, parce que c’est l’urgence absolue des semaines qui viennent : un million de travailleurs vont passer du chômage à la privation totale de droits. Nous demandons solennellement, nous, les socialistes, et nos députés proposeront dans quelques jours un texte de proposition de loi, une allocation de solidarité crise qui prolonge de six mois les indemnisations de chômeurs en fin de droits.
Voilà, mes camarades, ce qu’il faudrait faire tout de suite, tout en disant au gouvernement : on vous a à l’œil. La taxe carbone, ce sont les socialistes qui l’ont portée au Conseil constitutionnel. J’avais, avec d’autres camarades, dit au président de la République que cette taxe n’était ni écologique, ni sociale. Nous voulions, nous, que ceux qui la paient, les Français modestes, puissent percevoir plus en matière de redistribution. Nous voulions, nous, que ceux qui sont les gros pollueurs paient, ce qui n’était pas le cas. Le Conseil constitutionnel nous a donné raison sur toute la ligne.
Qu’attend le gouvernement pour préparer un autre projet qui relancerait le pouvoir d’achat et qui en même temps porterait cet objectif du non-réchauffement climatique ? Qu’attend-il ? Les élections ! Il ne veut pas annoncer aujourd’hui ce qu’il dira demain aux Français : payer par une nouvelle taxe tout simplement pour remplir les déficits, au lieu d’avoir une réforme qui soit à la fois écologique et sociale comme nous la portons.
Mais nous savons aussi qu’il y a d’autres mauvaises mesures qui attendent. Je pense qu’il faut qu’aujourd’hui nous soyons auprès du monde agricole. Je ne donnerai qu’un seul exemple : les quotas laitiers seront terminés dans quelques jours. Je serai en Bretagne avec nos candidats pour dire aux agriculteurs que nous nous battrons pour une autre PAC, pour des quotas laitiers, mais aussi pour faire vivre une agriculture de proximité, de qualité, qui est à la fois notre sécurité alimentaire, mais qui fait aussi vivre l’ensemble des territoires. Là aussi, on nous avait dit qu’il y aurait des réponses. On attend sans doute de voir passer les élections pour dire : on ne peut rien faire. L’impuissance, l’impuissance de ceux qui nous gouvernent par rapport à des domaines aussi importants pour la vie de nous tous, et bien sûr pour la vie des agriculteurs. Voilà donc aussi ce qui nous attend.
Et puis d’autres réformes : la poursuite du démantèlement des services publics et la réforme des retraites. Là, mes chers camarades, je crois qu’il faut être clair : ne nous laissons pas prendre par des fausses polémiques ridicules et irresponsables alimentées par l’UMP. Qui aujourd’hui voudrait remettre en cause l’âge légal de départ à la retraite ? Pas nous, c’est une évidence. Pas les syndicats, c’est une évidence. Pas les Français. Mais Nicolas Sarkozy lui-même, en 2007, en 2008, faut-il pour une fois le croire ?, a dit : on ne peut pas toucher à l’âge légal de départ à la retraite.
Oui, disons-le clairement : nous ne voulons pas qu’on touche à cette possibilité. Disons-le, qu’est-ce que c’est aujourd’hui ? Donner à chaque salarié, s’il le souhaite, quel que soit le niveau de sa pension de retraite, de partir à 60 ans. Mais nous voulons aller beaucoup plus loin, et c’est ce que j’ai exprimé au nom des socialistes qui ont tenu à l’unanimité à prendre une position mardi dernier : nous voulons, et je le dis au gouvernement, une vraie réforme, car pour nous, réforme, c’est progrès social. Mais pour nous aussi, parti de gouvernement, réforme, c’est regarder en face la réalité des choses.
Nous savons bien que ce n’est pas avec les mêmes sommes d’argent qu’on pourra traiter le problème, qui n’en est pas un, mais plutôt une formidable espérance de l’espérance de vie qui s’accroît, ce n’est pas à nous qu’il faut dire que nous voulons que nos jeunes fassent des études plus longues et rentreront plus tard sur le marché du travail. Tout cela, nous devons le prendre en compte, nous devons faire comme les Français, qui savent aujourd’hui que la retraite, en général, ils la liquident à 61,6 ans.
Mais nous voulons une réforme, une véritable réforme. Et pour cela, que demandons-nous ? D’abord de la justice. La justice dans les recettes. La droite n’a fait qu’augmenter les durées de cotisation et les cotisations des salariés. C’est d’ailleurs ce qu’a annoncé M. Fillon il y a quelques jours.
Nous, nous voulons d’autres recettes, celles auxquelles la droite ne touche jamais, c’est-à-dire que les cotisations patronales soient assises sur la valeur ajoutée, et non pas seulement sur les salaires, pour que, dans les profits, sur les investissements, on cotise pour les retraites des salariés.
Nous voulons que les stock-options et les bonus paient les mêmes cotisations, cela fera cinq milliards d’euros par an, rien que sur cette simple réforme.
Oui, il faut trouver des recettes pour effectivement sauver cette retraite par répartition, celle qui apporte la solidarité entre les générations et qui tourne le dos à ceux qui pensent que chacun doit placer son argent pour essayer de mettre de l’argent de côté pour avoir une retraite demain.
Nous voulons aussi de la justice, parce que si nous savons que des salariés partiront après 60 ans à la retraite, et il faut le dire, c’est déjà le cas, nous voulons que ceux qui ont commencé à travailler tôt, que ceux qui ont eu des emplois pénibles, puissent partir avant 60 ans. C’est cela aussi, les propositions des socialistes.
Et puis, cela a été dit ce matin, si on ne travaille pas sur l’emploi, sur l’emploi des plus de 50 ans, ça ne sert à rien de faire une réforme des retraites. Cela fait aussi partie d’un projet global, celui que nous défendons.
Enfin, je voudrais dire très simplement que pour nous, socialistes, l’espérance de vie ne doit pas être, comme on l’entend souvent à droite, considérée comme une difficulté, une contrainte, mais plutôt comme un espoir. Quel bonheur d’avoir nos parents et nos grands-parents plus longtemps, quel bonheur aussi pour une société développée de les mener jusqu’à leur fin de vie en prenant en compte leurs difficultés, y compris celle de la dépendance.
Alors nous, socialistes, et beaucoup de syndicats sont avec nous, nous voulons remettre la retraite dans un projet de temps tout au long de la vie. Nous voulons que chaque salarié, chaque Français, puisse bénéficier de protections collectives, celles qu’on casse justement aujourd’hui, mais avoir des choix individuels.
Nous voulons que l’on ne parle pas seulement des personnes âgées, des aînés, des seniors dans notre pays en parlant du coût qu’ils apportent à la Sécurité sociale, mais aussi à ce qu’ils apportent comme bénévolat dans les associations, à leurs projets qu’ils ont le droit de porter, à l’accès à la culture, au sport, et bien sûr à la médecine lorsqu’ils en ont besoin.
Voilà mes chers camarades, ce que nous défendrons, et bien évidemment, ce sont les militants qui en décideront ainsi lors des grandes conventions que nous allons avoir en cette fin d’année.
Face à cette situation, par rapport à ce que nous demandons, Nicolas Sarkozy persiste et signe. Il l’a dit, il l’a dit à ceux qui lui sont le plus proches à l’hôtel Bristol : je fais une promesse que je tiendrai (c’est rare, mais là, il semble que ce soit vrai) : je ne toucherai pas le bouclier fiscal et les avantages sur les droits de succession. C’est aujourd’hui un choix qui évidemment est assez douloureux à accepter quand on voit dans quelle situation il nous a mis.
Ce que l’ont voit surtout, c’est que la droite, ne voulant pas regarder ses échecs, et particulièrement pendant cette campagne électorale, a essayé une fois de plus de faire des rideaux de fumée, d’en appeler aux vieilles recettes, vous savez, celles qui nous dégoûtent un peu. Parler de la sécurité, ils ne pouvaient plus, puisqu’ils sont en échec, alors ils ont trouvé cette vieille recette, le bouc émissaire, ceux qui sont différents : les étrangers, les immigrés. Relisez le discours de Nicolas Sarkozy dans Le Monde. Parlant de l’identité nationale, nous, nous disons, c’est liberté, égalité, fraternité, laïcité, et lui dit, en passant par les minarets suisses : identité nationale, problème, immigration. Immigration problème, immigration musulmane, comme si on pouvait parler d’immigration musulmane. Musulmans, problème, intégrisme, voire terrorisme : voilà comment pose aujourd’hui le président de la République le problème de l’identité nationale.
J’ai vu beaucoup de Français dans le tour de France, nous les voyons, nous, tous les jours, et c’est peut-être notre différence. Ils nous ont dit : nous, notre identité, on en est fier, mais on a peur qu’elle soit remise en cause. On ne voudrait plus renvoyer des Afghans, on ne voudrait plus que la jungle de Calais soit cassée. On voudrait redevenir un pays de tolérance, mais surtout, on voudrait de l’égalité pour tous, de l’égalité dans les quartiers, dans les zones rurales qui sont aujourd’hui délaissées. Nous voulons retrouver l’identité de la France, l’égalité qui marche avec liberté, la fraternité, celle que nous devons à tous.
Les Français ne se sont pas laissé prendre à ce débat sur l’identité nationale. Je le redis aussi : j’ai été choquée que, dans une télévision, il puisse y avoir un débat entre M. Besson et Marine Le Pen à 20 h 30 pour parler d’identité nationale et d’immigration au lieu de parler du pouvoir d’achat, de la sortie de crise, de l’économie, de la solidarité. Ce n’est pas cela, notre façon de nous battre.
Non, la France n’a pas envie de s’opposer à ceux qui sont venus d’ailleurs, elle a envie de regarder dans chacun d’entre eux la part d’humanité qu’il y a en eux. C’est ça la France d’aujourd’hui, Monsieur Sarkozy, vous ne les aurez plus avec vos vieilles ficelles.
Ca ne marche pas, alors on a retrouvé, c’est grotesque, mais quand même, on peut rire un peu : les 35 heures ! Vous avez vu, lundi soir ? Les 35 heures sont la cause de tout : de la crise, des PME que les banques n’aident pas. Moi, je vais les aider. Il y a quand même deux domaines dans lesquels ils n’ont pas dit que c’était la faute des 35 heures, il faudrait y aller pour que le grotesque soit complet : les 35 heures ne seraient-elles pas la cause de cette vague de froid et de neige, et en même temps du réchauffement climatique ? C’est cela qu’on attend !
Les vieilles recettes ne marchant pas, on a décidé une opération de communication. Le président de la République allait redorer son blason : il rencontrait des Français. Vous avez vu, il n’y avait pas de cortège de CRS, c’était très rare, entre les onze Français et lui. Donc il les a vraiment rencontrés ! Ceux que nous, nous voyons tous les jours !
Qu’est-ce qu’on ne nous avait pas annoncé sur cette émission ! On attendait Sacrée soirée, et on a eu Le maillon faible. Je le dis simplement. Oui, c’est facile, mais ça fait plaisir, et c’est vrai.
Qu’est-ce qu’on a vu ? On a vu des Français qui ont vraiment posé les problèmes dont souffre la France aujourd’hui, des Français mécontents de lui, et lui, il a parlé de lui, il était content de lui. Il expliquait tout ce qu’il avait fait, chaque Français disait : non, nous on n’a pas vu ! Nous, ça ne nous a rien fait du tout ! Ca ne nous a rien apporté ! Et on l’a vu, comme il sait être, indigné par l’injustice, par l’injustice de ces PME non aidées par les banques. C’est scandaleux. Il l’a redit d’ailleurs hier à Davos : il faut changer les règles financières.
Vous vous souvenez de ses discours à Marseille, dans les Ardennes ? Il allait dénoncer, car il adore la dénonciation, nous, on n’est pas pour la délation, il a dit : je donnerai les noms des présidents à la télévision. Nous, on n’en demande pas tant ! On lui demande de faire comme Obama. Obama, tout simplement, a dit aux banques : ça suffit, vous devez rembourser tout ce qu’on vous a donné, et vous devez avoir d’autres règles.
Alors, il nous disait : je ne peux pas y arriver, je suis tout seul. Là, on lui dit : suivez Obama ! C’est quand même pas mal, le plus grand pays du monde qui s’engage ! Alors allez-y !
On voit simplement que, face à la finance folle, il y a aujourd’hui à Washington une volonté. Quand on a écouté le Président lundi soir, ou quand on l’a écouté hier, dans un discours très différent, à l’Élysée, il y a toujours une duplicité dans les mots, il y a surtout une vraie complicité dans les actes, avec les banques à qui on a apporté tant d’argent, à qui on n’a pas demandé de contrepartie et à qui on ne demande pas aujourd’hui de rembourser.
Alors oui, il faut faire cela. Je crois que cela fait partie aussi des engagements qui ont été pris, et surtout de la volonté, peut-être, enfin, de montrer que l’on veut changer de système.
Je voudrais dire aussi combien, lors de cette émission, qui est dans le fond très symbolique de ce que nous vivons aujourd’hui, le président de la République est apparu en décalage profond par rapport à ce que vivent les gens, en décalage profond lorsqu’il a dit à cette dame travaillant dans un hypermarché et disant : Monsieur le Président, j’ai trois enfants, je n’arrive pas à joindre les deux bouts : mais les salaires, ce n’est pas moi qui les augmente ! Le SMIC, quand même… ! Et pourquoi ne faites-vous pas d’heures supplémentaires ? Là, je pense que tous les Français ont eu un hoquet devant la télévision. On sait qu’il ne sait pas ce qu’on vit, mais quand même, il ne savait pas que, dans une entreprise, c’est le chef d’entreprise qui décidait ? Il ne savait pas qu’aujourd’hui, des heures supplémentaires en plus, c’est des chômeurs en plus ? Non, il ne le savait pas, comme il ne savait pas pourquoi les banques n’aidaient pas les PME et pourquoi ces sous-traitants automobiles, avec un syndicaliste qui n’a pas lâché, qui a dit : non, Monsieur le Président, vous n’avez pas fait cela, vous avez donné de l’argent aux constructeurs, vous n’avez pas mis de contrepartie pour les sous-traitants. Et partout en France, nous le savons, nous perdons aujourd’hui une force industrielle dont nous aurons besoin demain pour reconstruire l’industrie française. Là aussi, il ne l’a pas fait par manque de volonté.
C’est toujours la même chose : on n’écoute que les grands, on n’écoute que les banques, on n’écoute pas le réseau fort, compétent, des petites et moyennes entreprises, des commerçants et des artisans qui font aussi la force et l’énergie de notre pays.
Et puis ce qui a frappé à cette émission, je le dis car cette émission, c’est ce que nous vivons, c’est cette espèce d’impuissance et cette absence de cap. A aucun moment, le Président n’a dit : voilà ce que je vais faire pour vous sortir de là où vous êtes. Dans le fond, c’est cela qui est le plus dur aujourd’hui pour la France. C’est la raison pour laquelle nous sommes responsables pour apporter un autre modèle, d’autres propositions.
Je le redis, les Français n’ont pas besoin de nous pour qu’on leur dise que ça va mal, ils le vivent. Ils ont besoin de nous pour apporter jour après jour les propositions que nous demandons tout de suite au gouvernement, comme je l’ai fait il y a quelques instants dans certains domaines, mais surtout le nouveau modèle que nous porterons pour que l’économique revienne devant la finance, pour que la réduction des inégalités, l’accès de chacun aux droits devienne enfin et redevienne l’objectif de notre pays.
Au-delà de cet échec dont nous parlerons pendant les régionales, en effet, car il faut parler là où on se bat pour permettre aux gens de se défendre, pour être un véritable bouclier, comme François le disait tout à l’heure, il faudra dire contre quoi nous nous battons et pourquoi nous portons une vision forte de l’avenir grâce aux atouts de la France, qui sont tellement nombreux et qui sont gâchés aujourd’hui.
Je voudrais quand même dire un mot aussi au-delà de cet échec de la façon dont le président de la République dirige notre pays. Parce qu’il y a cet échec, mais il y a aussi son mode de gouvernance. On sait bien que le Président n’aime pas qu’on le contredise. Personne ne doit le contredire, surtout pas les contre-pouvoirs. On voit bien dans sa majorité, d’ailleurs, que ça commence à créer des problèmes, ça continue d’ailleurs, pour dire les choses plus simplement. Mais on le voit aussi dans ses réactions face aux médias, dans ses réactions face à la justice, dans ses réactions face à l’opposition, et face aux collectivités locales.
Je voudrais dire un mot sur la justice : sa fonction est aujourd’hui abîmée, détournée, privatisée, comme si on n’y consacrait pas assez de moyens, sauf bien évidemment lorsqu’il y a un combat entre deux chefs de l’UMP qui se retrouvent dans les rangs de la justice et devant la justice.
Sous chaque décision, on sent poindre la main du pouvoir. Il y a comme un malaise, et encore avec cette affaire Clearstream. J’aimerais qu’on se trompe. Mais dans quel pays se trompe-t-on quand on est inquiet quand la justice prend une décision ? Dans quel pays, comme cela a été le cas cette semaine, des juges d’instruction, et même des procureurs ont dit : ce n’est plus possible, nous voulons être libres et indépendants ?
Alors, oui, nous, nous avions préparé une loi pour que cette justice soit indépendante, pour que l’on donne des directives générales au parquet pour qu’il y ait une politique pénale dans notre pays, que la justice soit menée partout pareil mais jamais plus de directives individuelles. Pourtant, aujourd’hui, c’est bien là que naît le malaise. Robert Badinter l’a bien dit lorsqu’il a commenté ce procès Clearstream : ce malaise, il est assez étonnant, et les Français l’ont tout en eux.
A la fois la justice a fait son travail, puisque les juges ont dit très clairement qu’on ne condamnait pas quand celui qui attaque n’apporte pas les preuves de la culpabilité, et en même temps, on voit cet appel réalisé par le parquet, avec des doutes qui rentrent dans chacun d’entre nous et qui nous disent : où va votre démocratie quand on doute de sa justice ? Là aussi, mes chers camarades, il faudra le dire, parce que c’est notre démocratie qui est en jeu lorsqu’on parle de tout cela.
Contre la politique de l’impuissance, contre la défense des intérêts de quelques-uns, nous, nous voulons opposer la prise en main de notre avenir, dans nos régions, comme cela est fait, par la poursuite de ce qui est réalisé, mais aussi dans notre pays. Pour nous, la souveraineté, c’est une affaire de vote dans les urnes et pas de cote des actions à la Bourse comme on a l’air de le penser aujourd’hui.
Contre cette société de défiance, nous voulons une société de confiance, une société apaisée, une société unie où on n’essaie pas de diviser, d’opposer une partie des Français contre les autres. Nous voulons retrouver cette France accueillante, fière de sa diversité et qui est heureuse de pouvoir vivre ainsi ensemble. C’est cela l’enjeu de la reconquête de cette année 2010, qui doit être l’année 1 de la reconquête pour le Parti socialiste. Cette première reconquête, ce sont justement les élections régionales.
Je ne vous en parlerai pas très longuement en ce qui concerne le programme, puisque nous en avons parlé ce matin avec les acteurs, justement, de cette reconquête. Mais je voudrais quand même redire le bilan remarquable de nos présidents de régions et de leurs équipes, et dire aussi leur sérieux et l’engagement de nos présidents de régions. Le sérieux et l’engagement. Je ne citerai personne, regardez quelques candidats, je crois que les Français le comprendront.
Qui a le mieux structuré la réponse à la crise en engageant des plans de relance ? 2 % des impôts des Français, 9 milliards de plan de relance, 50 % du plan de relance de l’Etat. Ce sont les régions socialistes, en effet.
Qui a soutenu les entreprises, et notamment les PME, quand les banques leur tournaient le dos ? Ce sont aussi les régions socialistes.
Qui a accompagné le pouvoir d’achat, même si ce n’est pas dans leur domaine, par exemple en réduisant le budget scolaire avec la gratuité des livres, tu le disais François, le budget transports avec les tarifs à moindres coûts pour les chômeurs, les RMIstes ou les étudiants ? Le budget énergétique en apportant un soutien à l’isolation des logements ? Là aussi, ce sont les régions socialistes.
Qui a misé massivement sur la préparation de l’avenir en portant les pôles de compétitivité, les pôles d’excellence, la formation pour demain, le développement durable, les énergies renouvelables, les logements durables, les éco-quartiers, pour ne prendre que ces exemples ? Ce sont les régions socialistes.
Nous n’avons attendu ni le Grenelle de l’environnement ni l’échec de Copenhague pour nous mettre, nous, au travail.
Qui a servi, mon cher Claude, président du département de Seine-Saint-Denis, mais ô combien soutien de Jean-Paul Huchon, de bouclier aux associations culturelles, aux clubs sportifs, aux autres collectivités territoriales, lorsqu’elles ont été contraintes par une réduction de l’apport de l’Etat, à réduire ces budgets vers ce qui crée le vivre ensemble, la culture, le sport ? Ce sont les régions socialistes qui ont été là aussi au soutien des communes.
Sans revenir sur nos propositions, qui ne sont que la continuité, le renforcement de cette action, je voudrais dire que ce projet que nous proposons globalement, ensemble, nous les socialistes, a bien sûr d’abord pour objectif de répondre aux quatre priorités pour les Français.
Priorité au développement économique, à l’emploi et à la formation. Nos régions doivent être un rempart à la désindustrialisation, un moteur pour l’innovation technologique, un accompagnement de la mutation nécessaire de notre industrie et aussi de notre agriculture.
Toutes les régions ont octroyé des aides à l’Etat qui sont conditionnées à l’emploi et remboursées lorsque ce n’est pas le cas. Nous soutenons l’investissement et l’innovation dans les PME, et nous mettons en place, comme cela a déjà été le cas dans cinq régions socialistes, dans toutes les régions, ce que nous avons appelé en quelque sorte cette Sécurité sociale professionnelle qui permet à la fois aux salariés de progresser tout au long de leur vie active, mais aussi à ceux qui sont licenciés de ne pas voir rompre leur contrat de travail pour se former pendant cette période de crise. Ce sont là aussi les régions socialistes qui l’ont mis en place, qui l’ont expérimenté, et ce sont l’ensemble des régions en France, lorsque nous les aurons gagnées à partir du 21 mars, qui le mettront en place pour l’ensemble de notre pays.
Bien sûr, nous continuerons à accompagner l’éducation, car nous, on ne se refait pas à gauche : l’accès de tous à une vie correcte, l’accès de tous, tout simplement, à pouvoir choisir sa vie, c’est d’abord l’éducation. Et l’effort majeur qui a été porté, Lauriane l’a dit tout à l’heure, nous allons le continuer évidemment pour les lycées, pour la recherche, pour les universités, mais aussi en accompagnant les jeunes en commençant à réaliser dans les régions ce que nous voudrions faire au niveau national, en accordant une allocation autonomie aux jeunes, pour qu’ils puissent payer une mutuelle, pour qu’ils puissent avoir des moyens d’apporteur la caution pour leur logement, pour qu’ils puissent se payer un permis de conduire. Voilà par exemple ce que nous allons faire dans les semaines et les mois qui viennent.
Et puis un engagement pour l’environnement que je résumerai en un seul élément : nous voulons, nous, gagner deux ans. Nous voulons que d’ici 2016, nous réduisions nos productions de gaz à effet de serre de 20 %, en gagnant deux ans sur les engagements de Kyoto.
Voilà, mes chers camarades, ce que nous voulons. Nous voulons une écologie qui ne soit pas source de nouvelles inégalités, comme c’était le cas avec la taxe carbone. Nous voulons une écologie qui ne crée pas des inégalités entre ceux qui sont à l’intérieur des villes et ceux qui sont excentrés, entre les urbains et les ruraux, entre les riches et les modestes. Nous voulons mettre en place ce que nous avons appelé, on peut le dire comme on veut, une social-écologie, une écologie sociale, car nous, nous voulons une écologie positive et sociale, et non pas une écologie punitive et inégalitaire. Voilà aussi ce que nous voulons dire aux Français.
Mes chers camarades, cette année, cet an 1 de la reconquête commencera par les élections régionales. Croyez bien qu’au-delà de ce travail nécessaire pour redonner aux Français les moyens de se défendre, les moyens aussi de préparer un autre modèle, ces régions, nous avons besoin de les gagner, car la France en a effectivement besoin.
Mais cette année sera aussi l’année, et je n’entrerai pas dans le détail aujourd’hui, mais nous nous reverrons, celle du projet, largement engagé. Nous sommes allés, pendant cette année 2009, à la rencontre des Français. Ils nous ont dit leurs attentes, ils nous ont dit : rendez-nous fiers à nouveau de notre pays, faites reculer les inégalités, donnez-nous envie d’être plus fraternels, plus solidaires. Nous sommes prêts à vous aider si vous êtes là pour proposer un autre modèle. Nous ne pouvons pas les décevoir.
Nous avons repris le contact partout et vous-mêmes avec les organisations syndicales, avec les milieux associatifs qui tissent et qui évitent peut-être que la toile sociale se déchire un peu plus dans notre pays.
Nous avons renoué avec les intellectuels, les hommes et les femmes de culture qui travaillent avec nous pour penser les nouvelles solutions pour l’avenir.
Et puis, je le dis très simplement, il faut le dire et je voudrais saluer tous les secrétaires nationaux du parti, toute la direction du parti, nous avons renoué avec l’envie de réussir ensemble, envie de réussir pour apporter des réponses aux Français. Je dois dire que quand je vois nos débats au bureau national, qu’il se soit agi de l’emprunt, de la taxe carbone, du débat sur le Proche-Orient ou de débats très complexes comme celui de la burqa, nous nous sommes tous écoutés avec respect, nous avons entendu ce que disait l’autre. Je voulais dire ma fierté d’être à la tête d’un parti démocratique qui défend ensemble ses valeurs, mais qui a le courage de débattre, de discuter, en respectant celui qui est à côté de lui. C’est ça aussi la clé du succès.
Je ne voudrais pas ne pas rendre hommage à nos parlementaires. Vous savez, ils ont été formidables, présents, propositionnels, puisque maintenant, nous avons des journées pour présenter nos propositions de loi. Bien sûr, on n’est jamais écoutés, on nous envoie à un sous-secrétaire d’Etat, et on nous dit : on votera mardi en vote bloqué. On ne répond pas. Mais quand même, quand on voit toutes ces propositions qui visaient à augmenter les salaires, à mieux protéger les salariés contre les licenciements, à taxer les bonus, à ramener les banques vers d’autres pratiques, j’en passe et des meilleures, nous pouvons leur dire : chapeau ! Chapeau pour ce combat à l’Assemblée et au Sénat, avec deux groupes qui travaillent main dans la main et qui portent haut et fort le combat des socialistes.
Je redis ce que j’ai dit à la presse en ce début d’année : si l’an 1 doit être l’année de la reconquête, nous devons mettre les choses dans l’ordre. Dans l’ordre, c’est d’abord bien sûr de gagner les régionales, c’est ensuite de travailler sur notre projet, et c’est de regrouper toute la gauche. Voilà ce que nous devons faire, en n’oubliant pas de rénover notre parti, puisque les militants nous ont dit : allez-y ! Au mois de juillet, nous aurons une grande convention pour effectivement rénover notre parti. Nous devons mettre les idées d’abord, nous devons mettre les valeurs d’abord, et ensuite, il y aura les contrats de législature, les alliances que nous aurons préparées sur le fond, et les candidats aux présidentielles. Ne nous y trompons pas : rien ne serait plus fou que de penser aujourd’hui à cela. La tâche qui nous attend, c’est celle de reconstruire un modèle de société. Il n’y a rien de plus exaltant pour des socialistes de construire ensemble, du militant au dirigeant, en nous ouvrant vers la société, ce nouveau modèle qui permettra aux Français de revivre, de penser que la France peut être encore égalitaire, peut encore être fraternelle, peut entre être puissante, efficace et défendre ses idées partout dans le monde, en Europe et dans le monde. Voilà la tâche exaltante qui doit être la nôtre pour l’année 2010.
Voilà, mes chers camarades. Je pourrais vous en dire plus long sur ce projet, qui est déjà sur les rails. Vous allez nous y aider, car ce sont les militants qui s’exprimeront, et qui, grâce à nos nouveaux outils, d’ailleurs, pourront entrer dans les débats que nous allons mettre en place.
Un nouveau modèle de société : nous allons effectivement le mettre en place, modèle économique, social et durable. Nous ferons une convention sur l’égalité réelle, car seule la gauche peut apporter l’égalité réelle face à l’éducation, à la santé, à la lutte contre les discriminations, au logement dans notre pays.
Puis nous aurons une grande convention internationale. Depuis 1980, nous n’en avons pas eue, comme si nous renoncions à ce que la France, à ce que la gauche en France porte ses valeurs au-delà du monde. Une Europe forte, économique, politique et sociale, et d’autres rapports vers le sud : cela aussi, ce sont nos combats, et nous devrons les mettre de manière centrale dans tout cela.
Et puis nous allons lancer, nos secrétaires nationaux, nos députés, beaucoup de gens travaillent autour de nous, ce que nous avons appelé le forum des idées. Nous allons travailler sur la culture, c’est déjà parti, sur le logement et la ville du xxie siècle telle qu’on voudrait la construire sur une nouvelle constitution qu’il faudra mettre en place, ou sur l’avenir de la recherche, pour ne prendre que ces quelques exemples.
Dans tous ces domaines, le travail est engagé et les militants vont s’en saisir tout de suite après les régionales.
Voilà tout simplement le programme de cette année : gagner les régionales, toutes, préparer le projet tous ensemble et ouverts sur la société, rénover notre parti en juillet, et rassembler la gauche. Je terminerai par-là. Nous avons la responsabilité absolue, en tant que premier parti de la gauche, de ne jamais renoncer à cela. Essayez de ne pas vous faire plaisir par quelques petites phrases vis-à-vis de nos partenaires. C’est avec eux qu’on construira demain ce nouveau modèle qui redonnera l’espoir aux Français.
Mais essayez aussi, ce que vous faites tous les jours, de vous dire que le Parti socialiste, le premier parti de la gauche, a la responsabilité d’unir, et doit être porté au plus haut, avec ses valeurs, que jamais on ne doit laisser de côté si on veut être crédible. C’est vous qui allez le faire dans ces semaines, mais aussi ensuite, tout au long de l’année 2010. C’est à vous que je confie, au nom de tous, car nous travaillons collectivement, la mission dès demain d’aller dire : oui, bien sûr, vous nous regardez autrement, mais nous savons que la tâche est encore immense. Cette tâche, nous allons la conduire cette année tous ensemble collectivement et avec vous, les Français, qui nous regardez et qui, de plus en plus, avez envie de nous accompagner.
Voilà, mes chers camarades, tout simplement ce qu’est être socialiste : ne jamais oublier ces valeurs, porter les réponses qui portent sur la situation du monde d’aujourd’hui, ne pas se retourner sur les réponses d’hier, et être capable de porter avec le débat que nous aimons tant, mais de manière collective et en serrant les coudes, cette victoire que nous attendons, pas pour nous, mais pour les Français.
Je termine comme j’ai commencé en m’adressant directement aux secrétaires de sections, et par-devers eux aux militants : merci de ce que vous êtes, et merci de ce que nous allons faire ensemble.









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